Torture en Tunisie: vertes critiques d’Europe et d’Amérique

Le mardi 23 octobre 2007

Torture en Tunisie: vertes critiques d’Europe et d’Amérique

Laura-Julie Perreault

La Presse

La Tunisie, où a été renvoyé Saïd Jaziri hier, est dans l’embarras sur la scène internationale. Les défenseurs de l’imam montréalais ne sont pas les seuls à dénoncer la pratique de la torture dans ce pays du Maghreb. L’Union européenne et la justice américaine s’en mêlent aussi.

Dimanche, la présidente de la sous-commission des droits de l’homme de l’Union européenne, qui s’est rendue à Tunis la semaine dernière pour rendre visite à deux grévistes de la faim, a dénoncé les pratiques tunisiennes sur la place publique.

«J’ai trouvé la situation des droits de l’homme inquiétante et insupportable», a affirmé Hélène Flautre lors d’une conférence de presse. Elle s’inquiète du sort réservé aux opposants politiques du président Zine El Abidine Ben Ali, en poste depuis novembre 1987. Selon elle, ceux-ci sont fréquemment arrêtés et détenus. La plupart rapportent subir de mauvais traitements lors des interrogatoires de la police.

Pied de nez à la justice américaine

Début octobre, une juge de la Cour fédérale américaine, Gladys Kessler, a à son tour envoyé une brique aux autorités tunisiennes en empêchant le renvoi d’un détenu de Guantánamo vers Tunis, où, a-t-elle établi, il risquait d’être victime de torture. Le département d’État américain reconnaît que la Tunisie, pourtant signataire de la convention des Nations unies contre la torture depuis 1988, utilise notamment la privation de sommeil, les brûlures de cigarette et la suspension des détenus par les poignets pour obtenir des aveux.

Ces mêmes sévices ont été récemment documentés par Human Rights Watch dans un rapport publié en septembre. L’organisation internationale s’est intéressée aux cas de Abdullah al-Hajji Ben Amor et de Lotfi Lagha, deux détenus de Guantánamo, renvoyés récemment en Tunisie, L’un d’eux rapporte qu’il a été incarcéré dans une cellule de la grandeur d’une «tombe» pendant une période prolongée. «Après huit semaines, les deux hommes détenus dans des prisons tunisiennes disent aux visiteurs que les choses y vont tellement mal qu’ils préféreraient être de retour à Guantánamo», note Jennifer Daskal, de Human Rights Watch.

À la suite de son enquête, Human Rights Watch a demandé au gouvernement américain de suspendre les expulsions vers la Tunisie. Au Canada, plusieurs organisations, dont la section canadienne francophone d’Amnistie internationale et l’Association des droits de la personne au Maghreb, ont uni leurs voix pour demander en vain au gouvernement Harper de surseoir au renvoi de Saïd Jaziri, craignant que ce dernier soit soumis à de mauvais traitements dès qu’il mettra les pieds dans son pays d’origine.

Précédent canadien

Les organismes canadiens ont en tête un précédent. En 2001, un demandeur d’asile débouté, Haroun M’Barek, a été emprisonné pendant cinq mois après avoir été expulsé par le Canada. En prison, rappelle Jamel Jani, porte-parole de l’Association des droits de la personne au Maghreb, le jeune homme a été brutalisé. Il garde aujourd’hui de lourdes séquelles de ses cinq mois derrière les barreaux, ajoute M. Jani qui est toujours en contact avec la famille de M. M’Barek.

En mai 2001, le Canada, réalisant son erreur, a permis à Haroun M’Barek de revenir au Canada pour terminer sa maîtrise à l’Université Laval. «Mais le retour a été extrêmement difficile. Il n’a pas eu le soutien dont il avait besoin après ce qu’il avait vécu en Tunisie. Il a été hospitalisé pendant plusieurs mois. L’an dernier, il est rentré en Tunisie où il est entouré par sa famille. Sa vie ne sera plus jamais la même», soupirait hier Jamel Jani.

source – cyberpresse

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